Une histoire de la tauromachie en Occident – Chapitre 1 Protohistoire.

Bague - Sceau - XVe Siècle Avant JC - Ahtène

Representation d'un saut par dessus le taureau / Taurocatapsia

La corrida, est un des multiples spectacles et jeux que l’on peut regrouper sous le vocable de Tauromachie. Si à l’aune de l’histoire, la corrida moderne est un fait relativement récent, la fascination de l’homme pour le taureau est quant à elle immémoriale.

Les plus enflammés parmi nous, gens de toro, font remonter les premières représentations tauromachiques aux peintures rupestres des grottes du Roc de Sers, de Villars et de Lascaux, en France. Cette lecture est probablement enthousiaste. Sur ces parois, où l’homme et l’animal coïncident pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le « non taurin » appréciera ces scènes comme la représentation de chasses. Si pour l’homme préhistorique la chasse est une nécessité, jouer avec les toros ne l’est pas. Cependant, certaines images attirent l’œil de l’aficionado. En effet, parfois le chasseur apparait comme faisant face à l’animal. A mon sens, si l’on est décidé à chasser un taureau sauvage à l’aide de lances primitives, c’est un mauvais calcul. La logique veut que l’on aborde l’animal dans son dos. Or, ici, l’homme fait face à la bête. Et, en plus de faire face à la bête, il se présente, les bras levés, tenant un objet dans l’une de ses mains, en une attitude de défi, rappelant des images courantes dans les arènes.

Est-ce que, dans le cadre de ces chasses primitives, des jeux pouvaient s’improviser ? On ne le saura jamais, mais le doute reste permis.

A partir du IIIe millénaire avant notre ère, le doute n’est plus de mise. En Egypte, en Crête, en Turquie, Mésopotamie entre autres, le monde méditerranéen propose une multitude de peintures, de sculptures, et autres gravures où l’homme et le taureau s’affrontent. A Cnossos, en Crète, des peintures d’une beauté assourdissante, nous offrent le spectacle de jeunes hommes qui sautent par-dessus le taureau et se jouent de son attaque. Ces acrobaties qui ont pour cadre des cérémonies religieuses, sont appelés des “jeux votifs”. En Egypte au XVème siècle avant notre ère, les pharaons capturent les taureaux puis les combattent depuis leurs chars dans d’immenses enclos appelés « paradis ». En Grèce, le mythe du Minotaure repose sur la coutume Crétoise pour laquelle le taureau est capturé puis utilisé dans les jeux et les sacrifices.

   Platon puis Hérodote font référence à la pratique de la taurokathapsia dans le territoire qui deviendra l’Andalousie. Il s’agit alors de pourchasser le taureau à cheval et de le renverser en se laissant glisser sur les cornes. Cette pratique découverte par Jules César lors de sa traversée de la plaine bétique, sera importée à Rome. Sur le sable du Colisée, les bestiaires combattent le taureau, à cheval comme à pied. Parfois même à main nues. Ces spécialistes sont appelés Taurari.

   Ces jeux, si l’on en fait un copié collé dans le monde contemporain, existent encore. Je pense ici aux recortadores espagnols, aux forcados portugais, aux écarteurs landais ou encore à nos raseteurs de Camargue.

En fait, aujourd’hui, des tauromachies restent actives bien au-delà du franco-ibérique. En Inde par exemple, dans la province du Tamilnadu, se pratique le Jallikattu, où d’intrépides autochtones tentent de s’accrocher à la bosse des Zébus. Des jeux similaires existent également à Madagascar, le Savika, et surtout en Amérique Latine. Enfin, on ne peut passer outre le rodéo, où qu’il soit pratiqué. Dans le cadre du bull riding, le cowboy, gaucho, vaquero, ou jackaroo selon le pays, monte le taureau sauvage. Il y est assisté d’un personnage souvent vêtu de clown. Ces assistants ont pour fonction d’attirer l’attention du taureau lorsque le cavalier est désarçonné. Pour ce faire, ils utilisent exactement la même technique que les recortadores, les landais où les minoens. Pas de cape ni de muleta dans les mains. Aucun leurre. Seul le corps travaille. Il s’agit là de la plus ancienne forme de tauromachie. La plus partagée aussi, c’est la tauromachie a cuerpo limpio.

Un taureau, des gens qui jouent avec… Ce sont les tauromachies populaires. Et elles fleurissent sur le pourtour méditerranéen franco-ibérique depuis des millénaires.

En parallèle, depuis que l’équitation existe des cavaliers ont chassé le taureau sauvage. Ces chasses alimentaires avaient également pour fonction secondaire de servir d’entraînement à l’art de la guerre. En effet, quel meilleur sparing-partner pour le militaire, que le toro. C’est un opposant sérieux, et offensif, il est présent partout en Europe, c’est le partenaire parfait. Les texte faisant référence à cette pratique sont nombreux. L’un d’eux fait par exemple référence à Charlemagne joutant les taureaux dans les foréts proches d’Aix la Chapelle.

La corrida quant à elle, est le fruit de la rencontre de ces deux pratiques taurines. Elle est aujourd’hui, parmi l’ensemble des activités tauromachiques, celle qui est la plus aboutie, la plus structurée, la plus régulé. Elle est le résultat de plusieurs siècles d’évolution.

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