Félicitations c'est un garçon

Félicitations c'est un garçon

Le soleil se lève un jour de plus sur Mirandilla. La remorque antique est pleine de sacs de pienso pour les bêtes. C’est l’heure du déjeuner pour les 2 corridas en préparation, la novillada, la sans picador et les 30 génisses présentent dans les clos qui entourent le cortijo.

Mais, si le jour est déjà haut et brulant malgré l’heure matinale, la nuit nous a réservée une surprise. La « mansa », vache "non brava",  Aubrac je crois, de son état, a mis bas. C’est le dernier né de la saison. Il n’a que quelques heures. Un colorado, petit rouquin fragile, il marche néanmoins déjà bien et tête goulument les pis de sa mère. Javi en a un sourire enfantin, et moi, je reste bouche bée devant la vie qui s’éveille. Mais le campo a ses règles, et ici, en Espagne, il faut baguer les veaux dans la semaine qui suit leur naissance. Aussi, toutes les occasions sont bonnes et là, c’en est une. Maman a faim, et, de caractère, est plutôt gourmande. Mais voilà, on a oublié les boucles. Javi me dit « Attrape le, monte le avec toi dans la remorque, on le ramène au cortijo, et on lui mettra les boucles là-bas ». Avec le tracteur et la remorque il tourne autour de la mansa, je colle la remorque à pied. La vache, déjà pas très concentrée, ne regarde plus son petit, je lance la main. Au lieu d’attraper la queue, je ramasse une pleine poignée de merde jaune de veau de lait. La vache me regarde avec interrogation, mais sans agressivité. Deuxième essai, je saisi la queue, lève le petit par le train arrière, et lui choppe les pattes de devant par en dessous comme un gros chien. Je me dépêche de monter dans la remorque, Javi démarre en trombe (enfin autant que le tracteur sans âge le permet), je tombe à la renverse dans la remorque et fait le reste du voyage allongé, le petit coincé sur ma poitrine. C’est l’enlèvement au sérail. Il ne sent pas mauvais. Un mélange d’odeur de paille, de lait un peu caillé et de miel. Il respire dans mon oreille et ne bouge pas. Javi le boucle, c’est le N° 9390, dernier becerro du guarisme 2012. « Félicitations, c’est un garçon »… enfin pour le moment. Comme tous les bœufs de Mirandilla, il portera un nom de philosophe grec. Je vais réfléchir…. En attendant, ferme les yeux et savoure.